REPORTAGE — Le financement des saisons, un vrai casse-tête pour les jeunes pilotes

Le sport automobile est un monde très difficile d’accès. Un casse-tête pour les jeunes espoirs du sport automobile qui peinent à faire de leur passion, un métier. 
Financement jeunes pilotes
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Comment continuer le sport automobile ? De quelle manière devenir professionnel ? Par quel(s) moyen(s) financer ses espoirs et ses rêves ? Des questions que de nombreux jeunes pilotes du sport automobile se posent aujourd’hui. Entre difficultés, espoirs et solutions, la rédaction d’Auto Live Magazine s’est également posée ces questions qui hantent la tête des pilotes de demain.

Le karting et les formules de promotions, des prix «exorbitants»

Le sport automobile est très couteux, ceci n’est pas un secret de Polichinelle. Les récits de pilotes qui ont réussi dans le métier parlent inexorablement de sacrifices de temps et d’argent, aussi bien pour eux, que pour leurs parents. Un constat partagé par Alexis Giroud, pilote passé par l’école de pilotage FEED Racing, qui sous la contrainte financière, ne peut rouler comme il pourrait le souhaiter. «Je finance moi-même mes courses de karting loisir mais le karting deux temps est très difficile à financer», avoue le jeune pilote. «On arrive facilement aux alentours de 1000–1500€ par course à peu de choses près. J’aimerais m’engager dans un championnat mais le problème c’est le budget, donc je fais des courses dès que je le peux».

Malgré son indéniable talent, en témoigne sa troisième place de la promotion 2019 de FEED Racing, Alexis doit travailler avec son père, à la boucherie familiale, pour s’auto-financer. Un parcours assez cruel pour le jeune pilote malgré la reconnaissance de ses ainés. C’est le cas de Patrick Lemarié, pilote automobile et co-fondateur de FEED Racing, qui confirme le talent d’Alexis. «Un garçon comme Alexis, on lui a fait faire des essais en Formule Renault. Il a énormément de talent mais aujourd’hui, beaucoup de mal». Une cruelle réalité pour les pilotes qui doivent parfois se contraindre à sacrifier beaucoup de temps et d’argent pour essayer de faire de leur passion, leur métier.

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Alors que presque tous les jeunes pilotes passent immanquablement par la case karting, le passage dans les catégories monoplaces est très difficile d’accès, surtout sur le plan financier. «Il y a des prix différents à tous les étages», nous explique Patrick Lemarié. «On peut faire une saison de Formule 4 de très bonne qualité avec la FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) qui sera autour des 150 000 € et on peut faire le championnat espagnol, allemand ou italien jusqu’où ça peut se chiffrer jusqu’à 700–800 000 € la saison». Alors que la F4 est le premier échelon des pilotes en monoplace, ces prix peuvent en effrayer plus d’un, malgré leur envie féroce de devenir pilote automobile. «Des prix exorbitants qu’on n’entend jamais sauf pour des maisons», avoue ironiquement Alexis Giroud.

Paul Trojani, 16 ans, engagé cette saison en Formule Renault au Trophée Tourisme Endurance (TTE), explique que, malgré son jeune âge, il voit déjà quelques amis à lui renoncer à cause de cet aspect financier. «J’ai même envie de dire que ce sont les meilleurs qui ont parfois le plus de difficultés», confie le jeune Corse. «Je trouve ça dommage parce qu’il y en a qui sont obligés de se tourner vers l’eSport alors qu’ils sont très bons. J’ai un ami à moi qui roule à un très bon niveau mais ses parents mettent beaucoup de leur poche, j’ai peur pour lui qu’il ne puisse pas rouler au niveau où il devrait être». 

Sacrifices, sponsors, cagnottes : des passages presque obligatoires

Au regard de ces prix, que l’on pourrait aisément qualifier de démesurés, la quête de sponsors semble un passage primordial afin de ne pas se ruiner. Cependant, dans ces catégories peu médiatisées, peu nombreuses sont les entreprises à vouloir apporter leur aide aux jeunes. Patrick Lemarié témoigne des difficultés qu’il a rencontré au cours de sa jeunesse pour trouver des sponsors. «Ça a été une horreur», se souvient le pilote de 54 ans. «C’est une horreur pour tout le monde et quelle que soit l’époque. La recherche de sponsors, c’est quelque chose qui est extrêmement compliqué». 

Le jeune pilote Paul Trojani nous explique que plus sa jeune carrière évolue, plus il ressent le besoin de trouver des sponsors. «Au début non, je n’en avait pas besoin [de sponsors] mais plus les années passent plus les saisons coutent cher», avoue le jeune pilote. «Pour ma dernière saison de karting, j’ai fait la FFSA Academy et là, on a eu besoin de sponsors puisque ça commençait à coûter un peu cher. Avec tous les tests, les voyages, … En plus j’habite en corse, alors ce n’était pas gratuit». 

Avec un regard très pragmatique, Paul explique qu’il y a toujours un lien de cause à effet entre sponsors et performance. «Dans le sport automobile, il faut toujours être performant sinon les opportunités se referment facilement, si tu n’es pas bon les gens ne te regardent plus donc c’est ça le plus important avant tout». Il affirme également être soutenu par des sponsors mais principalement des connaissances. «Au TTE, on est à peu près à 120–130 000€ la saison. Je bénéficie de quelques soutiens, de connaissances, mais sans ça j’aurais sans doute dû chercher pour financer ma saison actuelle».

Parfois, les connaissances ne suffisent plus pour financer les saisons. À l’instar d’Hadrien David, pilote de l’Alpine Academy, Alexis Giroud a créé une cagnotte en ligne pour que ses fans puissent l’aider pour poursuivre sa passion. «Cet argent m’a permis d’aller en Espagne pour faire des essais», a déclaré Alexis. Une solution que de plus en plus de pilotes envisagent puisque les réseaux sociaux sont un moyen indéniable de communication que les pilotes peuvent utiliser pour se faire aider.

FEED Racing et les écoles de pilotage, une solution selon Patrick Lemarié

Comment les pilotes faisaient-ils auparavant ? Y’a-t-il une différence entre les générations ? Nous avons posé la question à Patrick Lemarié qui nous avoue que les choses ont bien changé depuis la fin des années 80. «La chance qu’on avait à notre époque, c’est que l’on avait des écoles de pilotage et une fois qu’on a fait une finale, on avait quand même quelque chose à vendre parce que le niveau était très relevé et reconnu», nous avoue le co-fondateur de FEED Racing. Cependant, d’un air fataliste, le pilote nous explique que les écoles de pilotage «ont pratiquement toutes disparu depuis une dizaine d’années».

C’est pourquoi, en 2019, Patrick Lemarié et son ami Jacques Villeneuve, champion du Monde 1997 de Formule 1, ont décidé de reproduire ce qui avait fonctionné pour eux à l’époque, une école de pilotage. En effet, depuis 2019, les deux amis reçoivent, dans leur école de pilotage, plusieurs dizaines de pilotes en devenir chaque année qui s’affrontent sur la piste avec la même voiture et les mêmes pneus. En effet, tout est fait pour garantir une certaine équité entre les pilotes. Une équité qui manque parfois dans certaines catégories. Ce projet part d’un constat clair, selon Patrick Lemarié. «On s’est aperçu que le problème majeur était que les jeunes avec peu de moyens, n’avaient plus aucun accès aux catégories supérieures. Étant issu d’une école de pilotage, ça me parait évident que ces écoles soient la solution». 

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Une école de pilotage qui a déjà fait ses preuves puisqu’elle offre, chaque année, une saison de Formule 4 au vainqueur. Mais au-delà de récompenser seulement le premier, cette école de pilotage espère aussi permettre aux suivants de se faire connaître et d’espérer avoir des opportunités par la suite. «On recherche des partenaires qui peuvent aider le premier, mais aussi le 2ème ou le 3ème pour leur trouver différentes solutions», nous avoue l’ancien engagé aux 24 Heures du Mans. «Le plus dur c’était de mettre en route FEED Racing avec Jacques. Aujourd’hui on a besoin d’avoir des partenaires qui nous rejoignent, pour pouvoir donner une chance à des garçons ultra talentueux, comme Alexis, qui ne gagnent pas la finale».

» À mon époque c’était Olivier Panis qui avait gagné devant moi, mais je m’en suis quand même sorti», se rappelle Patrick Lemarié. Anciennement, beaucoup de personnes regardaient les écoles de pilotage et savaient que les 3–4 premiers, même ceux qui ne gagnaient pas, il fallait les surveiller». Une méritocratie du talent qui semble retrouver ses formes chez FEED Racing depuis quelques années à présent. De quoi faire espérer les jeunes pilotes avec peu, voire pas d’expérience en monoplace, ni en karting pour espérer performer. «Alexis [Giroud] était en finale et il n’est pas passé loin de la gagner. C’est ça l’intérêt de venir chez FEED parce que tout le monde a sa chance», selon l’ancien pilote de test de l’écurie Tyrell en Formule 1.

À la question, «quels conseils donneriez-vous aux jeunes pilotes», Patrick Lemarié a répondu : «Venez faire FEED Racing, c’est d’une évidence absolue», a‑t-il assuré. «Au lieu d’aller dépenser des dizaines et des dizaines de milliers d’euros dans le karting, gardez-en 10 ou 15 et venez faire FEED Racing. Au moins, ils verront s’ils ont du talent, ils seront à égalité avec les autres. S’ils gagnent, ils auront une saison de F4 et puis personne n’est perdant, c’est une super expérience». Un avis également partagé par Alexis Giroud qui ne tire que du positif de son passage dans l’école. «Depuis Feed Racing, je me dis qu’il y a une porte ouverte alors qu’avant, pour moi, il n’y en avait pas», nous avoue le pilote. «Déjà, rien qu’au niveau pilotage j’ai énormément progressé». 

La FFSA, fédération pionnière en Europe

Alors que des solutions semblent possibles grâce aux écoles comme FEED Racing, il n’empêche que les saisons de monoplace coûtent extrêmement cher et que les prix peuvent flamber à droite et à gauche en Europe. Alors que les saisons de Formule 4 peuvent atteindre des prix dépassant les 500.000€ à l’étranger, comme Patrick Lemarié nous l’avait précédemment indiqué, en France, la FFSA œuvre pour préserver une certaine viabilité financière pour les pilotes. En effet, cela exprime une volonté assumée de promettre une équité entre les voitures et les pilotes afin de laisser place au talent des jeunes espoirs.

Patrick Lemarié a même adressé ses louanges à la FFSA, qu’il juge en avance sur les autres fédérations européennes. «La F4 française est très compétitive et la moins chère d’Europe», assure-t-il. «Les autres fédérations font beaucoup moins de choses que la FFSA. Je pense qu’elle est très avancée comme elle l’était déjà dans les années 70–80 où toutes les écoles de pilotage étaient en France. La France est visionnaire et avant-gardiste même si on peut toujours améliorer les choses». 

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En illustrant son propos avec les jeunes passés par FEED Racing, le pilote originaire de Paris nous assure que la FFSA est pourvoyeuse de jeunes talents. «On a eu par exemple Enzo Peugeot qui a gagné le kart Academy de la FFSA, qui est venu chez nous et qui n’était pas loin de remporter la finale. Ça veut dire qu’ils ont le niveau et qu’ils sont bien encadrés».

Malgré les nombreuses difficultés omniprésentes dans les carrières des jeunes pilotes, la passion et le talent sont souvent la clé de la réussite. Cependant, malgré un talent indéniable, certains sont parfois désorientés et ne peuvent poursuivre leurs rêves sous la contrainte financière. Une cruelle réalité qui renferme sans doute des axes d’amélioration au niveau des fédérations à l’international. Cependant, le sport mécanique est un sujet en proie à l’argent comme il l’a toujours été. Un monde difficile pour les jeunes qui les plonge directement dans l’école de la vie dès leur plus jeune âge. Certains renoncent, certains font des sacrifices, mais les places sont limitées et la sélection, qu’elle soit juste ou injuste, reste très difficile pour tous les jeunes pilotes, quelque soit leur âge ou leur talent.

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