Les deux marques anticipent déjà des mois particulièrement durs à cause de l'épidémie mondiale de Covid-19, alors qu'elles se remettaient à peine des secousses de la crise économique de 2008.
C'est l'énorme crise que l'auto européenne n'avait pas vu arriver. D'après plusieurs spécialistes, avec le confinement lié à l'épidémie de coronavirus et la récession qui menace les entreprises telles que Renault ou PSA, les commandes de véhicules neufs pourraient accuser une baisse de… 75% !
Cette semaine, l'essentiel des dernières usines ont fermé en Europe. Seules les activités de design et de recherche et développement continuent, par télétravail.
Renault déjà dans le rouge
En milieu de semaine, une réunion s'est tenue entre Carlos Tavares, président de PSA, Jean-Dominique Senard, son homologue de Renault, et le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, pour réfléchir à l'après pandémie de coronavirus.
Du côté de la firme au losange, on broie déjà du noir.
"On ne produit pas, on ne vend pas… mais on a des coûts fixes", résume un cadre de Renault, cité par Challenges
En attendant de voir venir, la marque française observe de près l'implication du gouvernement dans l'indemnisation du chômage partiel. Il faut dire qu'elle était déjà dans une situation financière délicate. Tombée dans le rouge l'an dernier, pour la première fois depuis dix ans (avec une perte nette de 141 millions d'euros), sa note —BBB— avait même été dégradée par Standard & Poor's avant le début de la crise sanitaire.

PSA (Citroën, DS Automobiles, Peugeot, Opel, Vauxhall) aborde ces secousses avec plus de sérénité: le groupe a enregistré de très bons résultats en 2019 et sa trésorerie reste solide.
Pour l'industrie auto, qui a toujours besoin de liquidité, le "manque de cash" va vite se faire sentir. Le marché européen pourrait reculer d'environ 20% d'après l'agence de notation Scope Ratings. Une prévision à prendre avec des pincettes tant que l'on n'en sait pas plus sur la durée du confinement et l'évolution de l'épidémie dans les semaines à venir.
L'effondrement de la consommation auto en Europe devrait fortement impacter PSA et Renault: respectivement 87% et 52% de leurs ventes sont effectuées sur le Vieux-Continent.
Vers un grand plan public de sauvetage?
Plus possible de compter sur la France, l'Italie et l'Espagne, touchées de plein fouet par l'épidémie. Pas non plus sur la Russie, plombée par la chute du cours du pétrole. Une période noire s'annonce alors, avec pour seule éclaircie possible l'aide du gouvernement, comme pendant la crise de 2008-2009.
S'oriente-t-on vers un "grand prêt" accordé par l'Etat aux entreprises auto? Il y a dix ans, il avait aligné 6.5 milliards d'euros. Cette aide n'avait pas pour autant empêché PSA et Renault de frôler la faillite.
Les deux marques n'avaient pas non plus tenu l'engagement de ne pas fermer d'usines en France, ni de prononcer de délocalisations. Le gouvernement se laissera-t-il prendre deux fois?
Une nationalisation de Renault, dont il détient toujours 15% du capital, serait encore davantage dans les tuyaux.

