REPORTAGE. Une journée avec REV Mobilities pour tout comprendre sur le rétrofit

Alors que les ZFE sont de plus en plus présentes et restrictives dans les différentes métropoles, la voiture électrique semble être le choix le plus adapté. En revanche elle pousse ainsi des véhicules anciens à l’extérieur de leur périmètre. Aujourd’hui de nouvelles solutions s’offrent à nous, c’est le cas du rétrofit. 
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@Auto Live Magazine / Tout comprendre sur le rétrofit !

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En janvier 2017, un élément devenu obligatoire est venu décorer nos pare-brises. Il s’agit de la vignette Crit’Air. Basée sur une échelle de 0 à 5, cette pastille vise à lutter contre la pollution en France, notamment dans les métropoles. Une restriction très souvent utilisée lors des pics de pollution. En effet, le parc automobile français reste encore majoritairement composé de véhicules essence ou diesel, considérés comme polluants.

Par la suite, de nombreuses villes comme Paris, Rouen ou encore Grenoble ont mis en place des ZFE (Zones à Faibles Émissions). Une mesure qui concerne uniquement les zones urbaines où l’accès est limité aux véhicules les moins polluants, poussant ainsi de nombreux véhicules en dehors de ces aires urbaines.

Alors, pour aider les ménages à changer de véhicule, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un prêt à taux zéro le 1er janvier 2023. Mais certains véhicules d’exceptions et anciens sont donc voués à rester au garage, au grand désarroi de leurs propriétaires. Mais une entreprise, la pionnière sur ce marché, a rapidement trouvé la solution. Il s’agit de REV Mobilities, une société qui, grâce au rétrofit, permet aux voitures de collection de se balader de nouveau dans les métropoles !

Qu’est-ce que le rétrofit ?

À travers des solutions éprouvées, garanties et certifiées, le rétrofit consiste à convertir un véhicule thermique, qu’il soit essence ou bien diesel, en un véhicule électrique à batteries ou hydrogène.

« Pour ça, le client vient nous voir, on retire le moteur, le réservoir, la ligne d’échappement ainsi que la boîte de vitesses de son véhicule. Puis on remplace tout ça par un système de rétrofit composé d’un moteur électrique, de batteries, d’un boitier électronique qui gère les fonctions nécessaires comme la relation entre les batteries et le moteur » précise Amaury La Fonta, directeur commercial chez REV Mobilities.

Dans une législation parue en avril 2020, un arrêté définit clairement en quoi consiste le rétrofit pour le marché français. Au travers de différents articles, le véhicule doit avoir une homologation de série et respecter un certain nombre de critères.

Tout d’abord, il est nécessaire de garder le poids d’origine du véhicule. La répartition des masses ainsi que la puissance d’origine du moteur doivent être similaires au véhicule d’origine. Le positionnement des batteries ne se fait pas n’importe comment et répond à des exigences strictes.

De plus, ces batteries sont obligatoirement d’origine France et le véhicule rétrofité doit avoir plus de 5 ans. Par ailleurs, cette conversion ne peut être réalisée que par un constructeur certifié et agréé.

Que deviennent les pièces des véhicules thermiques ?

Aujourd’hui, ces pièces démontées ne finissent pas instantanément à la benne comme certains pourraient le penser. Certains propriétaires appréciant l’âme du thermique demandent à conserver leur moteur. Cela peut être pour l’exposer ou dans l’optique de le remonter plus tard à la revente de leur véhicule.

« Quand on retire un moteur d’une ancienne, le propriétaire peut être attaché à celui-ci et se dire, finalement quand je revendrais ma voiture, j’aimerais quand même lui garder sa quintessence d’origine. Donc éventuellement on peut proposer au client de lui nettoyer son moteur, on lui retourne chez lui et après quand il revendra son auto, on pourra lui remonter » explique Amaury La Fonta.

Généralement sur les véhicules utilitaires ou de transports, ces demandes sont peu courantes, voire inexistantes. L’entreprise de conversion travaille alors avec des filières pour recycler ces pièces désormais inutilisées. Celles-ci sont par la suite réintégrées dans des branches de revente et de réemploi, comparables aux reconditionnement.

Une idée venue d’un autre continent

L’un des précurseurs en France, bien qu’il ne soit pas le seul, est Arnaud Pigounides, le fondateur de la société REV Mobilities. En voyage aux États-Unis avec une Triumph Spitfire achetée au Canada, après des pannes régulières, il s’est intéressé au marché de l’automobile.

Il découvre alors les Tesla, mais surtout que certains Américains transforment des véhicules anciens en électriques. Il fait alors l’acquisition d’une Porsche 914 rétrofitée et revient en France avec les deux véhicules. À ce moment, il se rend compte de l’impossibilité de les homologuer. En cause, une loi de 1954, empêchant quiconque de transformer un véhicule ou de changer le moteur sans l’accord du constructeur.

Pendant deux ans, avec une équipe de communicants et un expert de l’électrique chez un constructeur automobile français, ils écrivent une loi. Celle-ci porte sur le rétrofit et plus particulièrement la conversion. La loi paraît en avril 2020.

Les avantages de procéder à un rétrofit

L’un des points forts de l’électrique, c’est de ne pas polluer. En effet, aucune émission de CO2 ou même bruit n’est rejeté par le véhicule. Sur une voiture ancienne, cela permet également de prolonger sa durée de vie et ainsi d’en profiter pleinement pour un usage quotidien, grâce notamment à un entretien mécanique nul.

Du côté des utilitaires, le coût d’usage est ainsi bien moindre qu’un véhicule thermique. Mais l’atout majeur est surtout de pouvoir rentrer dans les fameuses ZFE (Zones à Faibles Émissions) de plus en plus restrictives.

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@Auto Live Magazine/ Louis Piraud — Derrière la plaque se cache la prise de recharge.

« Plutôt que de jeter un vieux produit pour en racheter un neuf, on fait du bien à la planète. Car sur une période de 10 ans, pour un utilitaire, on a plus de 60% d’économies de gaz à effet de serre en rétrofitant son véhicule. Sur un bus, on est à 87% d’économies de gaz à effet de serre. Ce qui représente plus de 300 tonnes de CO2, un chiffre énorme » a‑t-il déclaré.

Grâce à une étude réalisée par l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), le rétrofit d’un véhicule diesel à mi-vie, soit l’équivalent de 10 ans, permet un gain environnemental conséquent. En effet, pour une automobile parcourant 10 000 km/an, la réduction de gaz à effet de serre s’évalue à 66% après rétrofit. De plus, ce sont 47% d’économisés par rapport à la mise à la casse de ce véhicule et l’achat d’un véhicule électrique neuf.

Une conversion avec de nombreuses aides financières

Pour les voitures anciennes, une conversion représente entre 15 000 et 30 000 € selon le type de véhicule. Un coût plus ou moins similaire pour un véhicule utilitaire, mais complètement différent avec un bus. Le rétrofit d’un véhicule de transports en commun demande autour des 280 000 à 300 000 €.

Mais tout cela sans compter les différentes primes et subventions possibles. Premièrement, le rétrofit bénéficie d’une prime à la conversion fonctionnant comme la prime à la casse. Sur sa facture, le client gagne 2500 € d’économies pouvant aller jusqu’à 5 000 € en fonction de ses conditions de ressources.

Quant aux utilitaires, les primes commencent à 5 000 € pour un petit fourgon, 7 000 € sur un fourgon moyen et 9 000 € sur un grand fourgon. Viennent ensuite s’ajouter les aides des collectivités, des régions pouvant apporter jusqu’à 17 000 € sur un grand fourgon en fonction de la localité.

« Quand on explique en quoi consiste le rétrofit et qu’entre le prix d’une Spitfire sur les petites annonces et le coût du rétrofit moins les déductions faites des primes et subventions, on se rend compte que pour moins cher qu’une Renault Zoé, on a une belle auto, stylée, électrique et qui fait plaisir. En revanche, pour en bénéficier, il faut que la carte grise du véhicule soit à votre nom depuis 1 an » nous précise Amaury La Fonta.

Du thermique à l’électrique en 2 jours

La question a d’ores et déjà été étudiée avec différents partenaires et bureaux d’études. Aujourd’hui, REV Mobilities compte deux jours et demi avec deux mécaniciens pour une telle transformation. Qu’importe le véhicule, que ce soit une ancienne ou bien un utilitaire.

« Il faut suffisamment de temps pour retirer le moteur, le réservoir, la ligne d’échappement et par la suite mettre notre système. Il faut également que l’on fasse tous les tests nécessaires pour s’assurer qu’il est sûr car nous nous engageons en tant que constructeur avec une garantie et donc on souhaite s’assurer que le client final pourra vraiment profiter de son véhicule sur une longue durée » a‑t-il ajouté.

Conformément aux textes de lois, la puissance du moteur reprend celle d’origine. Ici sur cette Triumph Spitfire, la puissance est de 53 kW en électrique contre 72 ch d’origine en thermique. Et le tout est entrainé par des batteries de 15 kW. Aujourd’hui, les tests dits de performance n’ont pas été réalisés. On parle ici de couple, ou encore de 0 à 100 km/h. Malgré cela, l’autonomie peut atteindre 200 km !

« En termes de confort de conduite, c’est encore mieux ! La voiture est beaucoup plus souple avec la boîte automatique et surtout elle a du couple ! Donc on a de très bonnes accélérations mais on n’a pas encore fait le comparatif du 0 à 100 km/h avec le véhicule d’origine. On ne veut pas se positionner contre le thermique, nous ce que l’on veut c’est apporter une offre complémentaire en électrique avec style et à moindre coût tout en faisant du bien pour la planète » détaillait-il.

Un système durable et réutilisable

Avec des moteurs proposés avec deux ans de garantie constructeur et des batteries avec une garantie de cinq ans, celles-ci révèlent une meilleure longévité que prévu. Par ailleurs, lorsque la capacité réelle des batteries passe en dessous 80%, les propriétaires sont incités à changer celles-ci.

À cette étape peut s’envisager une deuxième vie. Cela peut passer d’une reconversion en stockage d’énergie via un panneau solaire, ou encore en la réalisation d’un powerwall pour recharger sa tondeuse ou alimenter son éclairage de jardin. En bref, de multiples réemplois sont possibles avec ces batteries dites « usagées ».

Le Rétrofit Tour

Pour faire découvrir aux Français, aux différentes collectivités locales ou encore régies de transports ce qu’est le Rétrofit, REV Mobilities organise jusqu’à fin juin un Rétrofit Tour. Le but est d’apporter de l’attention sur ce nouveau mode de conversion comme une bonne alternative complémentaire aux solutions existantes aujourd’hui.

« Arnaud Pigounides qui est à l’origine de la société et de l’association des Acteurs de l’Industrie du Rétrofit Électrique (AIRE) passe beaucoup de temps à expliquer ce que c’est. L’idée c’est d’aller à la rencontre des collectivités locales, des mairies, des régies de transports, des commerçants, des artisans et d’apporter de l’attention sur le Rétrofit comme une bonne alternative complémentaire aux solutions existantes aujourd’hui. On ne se positionne pas du tout en concurrent d’autres véhicules neufs, on est une offre complémentaire qui donne une durée de vie plus longue à des véhicules existants » développait-il.

Présent avec une Triumph Spitfire au Rallye du Coeur de Nantes, REV Mobilities le sera aussi à Paris, au château de Dampierre le 18 juin et à Lyon, au château de Laye le 26 juin.

 

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